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Les 4ème6 de Maurice Ravel font leur sortie au Fort Lamalgue – 2ème partie

Notre visite priv…légiée

Nous quittons notre salle de conférence improvisée pour nous aventurer sur les hauteurs du plus haut bâtiment du fort ; celui que l’on appelle le « cavalier » qui surplombe la cour de ses 14 mètres de hauteur. Depuis son sommet, la vue est formidable ! A 360°, la ville, le Faron, jusqu’aux hauteurs du Fort du Cap Brun s’offrent à nos yeux étonnés. Dommage qu’un lotissement n’en entrave le panorama exceptionnel sur la mer. En marche vers le Bastion que l’on désigne comme celui du roi (à l’avant du Fort, côté mer), notre guide nous indique un recoin à peine dégagé dans lequel on devine difficilement le Fort Saint-Louis que le Fort Lamalgue devait couvrir en cas d’attaque… Les choses ont bien changé de nos jours ! Le rôle primitif et redoutable du Fort a été abandonné au profit du tourisme balnéaire et des appartements de luxe avec vue sur mer. Le danger semble avoir quitté nos rivages : plus d’invasions à prévenir, plus d’assaut maritime ; le Fort s’est assagi et profite d’une retraite méritée à l’ombre des tours voisines…

Nous quittons notre promontoire pour accéder au fossé du Fort en contrebas, profond de 5 mètres. Comme les douves d’un château fort qui protégeaient les remparts, ce fossé semble dire à l’ennemi de ne pas s’y aventurer mais loin d’être submergé par des eaux stagnantes, ces « douves sèches » avait pour but de retarder judicieusement la progression des assaillants.

Nous poursuivons notre progression dans ce fossé qui cerne les murailles inclinées dites « contrescarpe » et parvenons jusqu’au lieu insolite de la galerie de feux de revers. Insoupçonnable mais percée de meurtrières étroites et de minuscules ouvertures inclinées à proximité du sol ; cette galerie est un piège implacable ! Celui qui parvient jusque là est pris au piège sous les tirs des défenseurs postés dans ces couloirs dérobés au regard. Depuis les discrètes ouvertures près du sol, jaillissent les grenades meurtrières.

Notre déambulation se poursuit dans les profondeurs du fort, inaccessibles d’ordinaire. Nous prenons comme un privilège l’opportunité d’accéder à ce que le grand public n’a pas l’opportunité de voir… Notre guide tient à nous montrer un aspect insolite du Fort et nous nous glissons par petits groupes, pour des raisons de sécurité, dans un couloir étroit et humide, parcouru de câbles et de tuyaux divers en hauteur. En file indienne et au pas de course, nous accédons à une porte très ancienne et très épaisse qui s’ouvre sur une minuscule pièce où nous nous agglutinons.
L’officier David Cliche nous explique que ce puits se caractérise par un niveau d’eau constant et que la plupart de ceux qui travaillent dans les étages supérieurs ignorent son existence !
Nous repartons par où nous sommes venus déjà bien émerveillés et fourbus par la concentration dont nous avons fait preuve depuis le début de la matinée ; un goûter bien mérité et une pause s’imposaient jusqu’à la prochaine étape ; le temps aussi de faire quelques photos-souvenir ou selfies (nous concernant) pour immortaliser notre escale gastronomique.

Lorsque les deux groupes se rejoignirent, nous regagnâmes la cour principale pour voir le clou du spectacle que nous attendions avec impatience. Notre curiosité était avide de contempler et de frémir devant d’autres lieux aussi sinistres que célèbres : les geôles qui avaient fait la réputation du Fort de la Révolution à 1923…
Nous empruntâmes donc un escalier vermoulu et sombre qui menait vers les entrailles du « cavalier » dont nous avons parlé un peu plus haut ; sous les railleries de nos guides et les intimidations hilares de nos professeures Mmes Escarras et Sénéquier ; nous nous engageons dans une antichambre à peine éclairée par quelques néons austères. La pièce est occupée dans l’angle par un cercueil béant qui semble avoir été préparé pour accueillir la dernière victime de ces lieux…
La mise en scène est inquiétante : la pièce en forme de L n’est occupée que par quatre cachots (il en existe une vingtaine en réalité sous le bâtiment) qui paraissent avoir été taillés à même la pierre. Les lourdes portes cerclées de fer s’ouvrent sur des emplacements minuscules sans accès sur l’extérieur. Une haute plate-forme de pierre marque l’emplacement du lit au confort discutable : George s’empresse de l’essayer et nous immortalisons ce moment en le taquinant un peu au passage.
Nous étions loin d’imaginer l’étroitesse et l’insalubrité de ces prisons d’alors : une odeur d’humidité et de renfermé plane dans l’atmosphère et il est d’autant plus difficile pour nous de concevoir l’obscurité totale dans laquelle étaient plongés les prisonniers. Célia relève un détail troublant : quelques graffitis laissés sur les murs par les hôtes malheureux de ces lieux sans doute…
Et dire que le record atteint en 1852 est de 1351 prisonniers dont 437 dans les seuls souterrains du « cavalier » !

Encore troublés, nous avons à peine le temps de nous remettre de ces émotions que nous terminons notre investigation des entrailles du fort ainsi que notre visite globale, par les citernes, situées dans la courtine sud. L’air y est encore plus rare que dans les cachots et les sons sont amplifiés par l’absence d’ouverture. Nous sommes vite oppressés et regagnons l’air libre dès les premiers symptômes du manque d’oxygène.
Quel périple et quel dépaysement !
Cette excursion nous réserva bien des surprises ! Il nous sembla avoir fait un bond dans le temps en parcourant ces murs imprégnés d’ Histoire.

Au moment du départ, nos contingences scolaires nous parurent bien dépassées, tant nous avions chassé toutes les contraintes futilement quotidiennes lors de cette immersion. C’est avec une sincère gratitude que nous saluâmes nos hôtes ayant si largement contribué à nous instruire. La qualité de l’accueil et la richesse de ce patrimoine m’incitera à y revenir à l’occasion des journées du patrimoine au mois de septembre prochain. Quant au mauvais temps, qu’importe ! Il n’avait fait que renforcer la mélancolie du départ et le poids historique de l’édifice au cœur de nombreux drames liés à la ville.

Un grand merci à M. Cloutour François, commandant adjoint du Fort Lamalgue, pour avoir contribué à l’ouverture exceptionnelle des portes de la Tour royale.
Merci à M. David cliche, capitaine d’Armes, qui nous accueilli amicalement et renseigné patiemment.
Merci à M. Lacaze, maître principal, pour avoir favoriser notre entrée au Fort Lamalgue avec ses précieux contacts.
Merci aux Elèves de 4ème 6 du Collège Maurice Ravel pour leurs prises de notes et leurs articles : Charlène B, Maïna Blessing, Cécilia Cane, Ton Chavaudra, Romain Cormier, Arthur Cornu, George Daniélou, Enzo Frances, Célia Gérault, Elena Heurtel-Zannoni, Théo Lacaze, Emma-Louise Le Gleuher, Richard Lock, Antoine Manchon, Brice Marchese, Jade Massé, Clara Parodi, Garys Peter, Océane Ramos, Jade Roig, Blanche Sagon, Hélio Sebaoun, Enzo Vignolo.
Merci à Mme Escarras et Mme Sénéquier, les accompagnatrices.
Merci à Mme Sénéquier pour l’organisation de cette sortie patrimoine et les corrections apportées aux articles produits par les élèves.

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Les 4ème6 de Maurice Ravel au Fort Lamalgue – 1ère partie

Quelle étonnante sortie ! Si proches du collège et pourtant si éloignés de notre quotidien scolaire… Passés ces murs, il nous sembla mettre un pied dans la réalité d’un métier qui suscite l’admiration de bon nombre d’entre nous.
Dès la sonnerie nous nous sommes attroupés avec ferveur pour notre deuxième sortie annuelle très officielle ; on nous avait demandé pour cela de soigner notre mise, tout en prévoyant de bonnes chaussures de marche, de quoi prendre des notes et des vêtements de pluie étant donné la météo…
C’était une visite très solennelle précédée de démarches administratives auxquelles nous étions soumis pour la première fois : en effet, plusieurs jours auparavant nous avions dépoussiéré nos cartes d’identité et passeports – qui n’avaient parfois jamais servi avant ça – afin de justifier notre identité et laisser la trace indélébile de notre passage.

Nous, qui d’ordinaire n’étions que des gamins aux yeux des adultes, fûmes accueillis comme des diplomates avec chocolats chauds, biscuits et infinies attentions qui nous réchauffèrent le cœur par ce matin pluvieux. Une salle de conférence avait été aménagée dans un réfectoire au premier étage d’un long bâtiment qui encadre une large cour ; les chaises étaient disposées en arc de cercle ; un écran et son vidéo-projecteur attendaient pour nous enseigner tous les détails des métiers de la Marine et le rôle du Fort Lamalgue dans l’Histoire toulonnaise
Nos yeux émerveillés trahirent alors notre candeur ; nous étions à la fois gênés et flattés d’être traités comme les hôtes de marque de ces lieux qui nous inspiraient une crainte respectueuse. Pris au sérieux pour la première fois parmi des hôtes aguerris qui nous intimidaient, nous remerciâmes sans y être obligés et écoutâmes notre leçon du jour en faisant les bons élèves.

Le commandant adjoint François Cloutour, au sourire à la fois discret et bienveillant, était vêtu d’une tenue assez solennelle : chemise blanche et galons ; il nous parla de sa carrière et de cette vie aventurière qui suscita toute notre attention.

Suite à cette passionnante présentation, nous allons succinctement vous rappeler les grandes dates de la belle bâtisse en forme d’étoile que l’on nomme : Fort Lamalgue !

Un lieu stratégique
Quand ?

1707
Invasion austro-hongroise, Antoine Niquet souligne la nécessité d’édifier des forts le long de la côte pour protéger Toulon.

A partir de 1720
Multitude de projets pour protéger la hauteur de Lamalgue.

1746
Milet de Monville rédige un projet général de défense

5 novembre 1764
Pose de la première pierre du Fort et ensevelissement des boites plomb contenant des médailles et parchemins, scellées à tout jamais dans les fondations du Fort.

1789
Achèvement du Fort

Où ?
Dans l’actuel quartier du Mourillon, sur une hauteur de 50 mètres au-dessus de la mer et surplombant la plage des Vignettes, se tapit le Fort Lamalgue.
Sur la colline qui porte le même nom, il faut en araser le sommet pour y construire les fondations. On déblaie une quantité impressionnante de terre : de 10 à 20 mètres de hauteur dans certains endroits…

A suivre…